LE TEMPS : Maxime Morand : Le bien-être au travail, une arnaque ? Réponse : oui.

LE BIEN – ETRE AU TRAVAIL, UNE ARNAQUE ?

 

 

Le travail et le bien-être sont en tension et non pas en fusion !

 

Oui, c’est même l’arnaque du nouveau siècle ! Les approches et les techniques du bien-être au travail risquent de produire l’effet inverse de qu’elles se proposent d’apporter. Depuis que nous parlons de bonheur au travail, la souffrance et le burn out n’ont jamais été autant au rendez-vous. Pourquoi ?

 

Parce que les responsables des finances commandent, parce que les organisations sont traversées par des défibrillations d’organigrammes incessantes, parce que la gestion du changement est une réponse privilégiée face à des prévisions économiques incertaines. Dans les organisations, les métiers sont dévalorisés au profit d’une superposition de managers qui, eux-seuls, auraient un vrai métier ! Ils induisent des modifications, à l’aide de coaches improbables, pour faire exister leur pouvoir. Ainsi leurs subordonnés reçoivent-ils des missions interchangeables avec l’injonction de ne pas résister au changement. Ces managers sont, parfois, victimes de ce qu’ils véhiculent.

 

Pour faire passer la pilule, les techniques de bien-être sont appelées à combattre le mal-être induit par l’absence de considération des personnes au travail. Il faut palier au défaut d’écoute des chefs, par des espaces et des temps dédiés au renforcement de soi pour mieux nager dans les nouveaux courants. Aussi, le bien-être au travail constitue le dernier déguisement insidieux d’une nouvelle forme de pouvoir, faussement humaniste.

 

De fait, ce courant pseudo-humaniste est très puissant. Le développement personnel (donc pas très solidaire a priori), fait des ravages juteux dans le monde des magazines et des sites dédiés. Régime et méditation pour notre corps et notre cœur qui eux sont au service de notre cerveau siphonné par les employeurs. Tourne dans nos têtes notre vocation à atteindre le bonheur. Y compris, et surtout au travail, qui, de par l’importance qu’on lui donne, est la métaphore de la réussite de notre vie.

 

Le travail et le bien-être sont des pôles en tension et non pas en fusion. Il y a un curseur entre bien-être et mal-être au travail. Il se situe dans la simple prise en compte que le travail n’a pas pour vocation de forger le bonheur des individus comme il n’a pas vocation de les détruire aussi. Cet entre-deux, entre bien et mal-être, est un lieu d’hygiène et d’humour pour éviter les pièges de la toxicité potentielle du management et de l’hyper tonicité du souci de bien-être.

 

Le bien-être au travail est délétère parce qu’il met trop haut la barre des attentes individuelles. Si l’on me fait miroiter l’atteinte aisée d’une montagne de 4000 mètres d’altitude, lorsque je reste croché à 3’000 mètres, même si c’est déjà bien, je constate qu’il manque 1’000 mètres. Le référentiel posé est créateur de frustration. Le bien-être au travail est donc un stupéfiant qui induit du manque.

 

Et puis, il faut regarder la réalité droit dans les yeux : le travail réclame de la tension, de l’attention, de l’énergie, de la peine, de l’effort et de la concentration. Bien sûr, nous avons fait du chemin entre le travail comme punition, à la sortie du paradis terrestre du bien-être, et sa signification étymologique : tripalium : (trépied) instrument d’entrave pour animaux et esclaves, mais de là à prôner du bien-être, il y a une mise en abîme dans lequel il ne faut pas se précipiter. Le travail, comme le dit le commun des mortels : «  il faut y aller, il faut s’y mettre ! » Il y a une saine tension,  certes jouissive par moment, d’être contraint à devoir se bagarrer avec une réalité, faite de personnes et de structures, qui nous résiste.

 

La méditation, puisque c’est la panacée du bien-être, contrairement à l’évasion heureuse qu’elle devrait produire, c’est aller au milieu (médi) du champs de bataille et faire une statio (s’arrêter en silence) pour mieux affronter la bagarre. La bagarre de la vie au travail ! Le bien-être ? Une arnaque potentielle. Oser se confronter à la dureté du monde du travail, une vérité.

 

 

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