« La Beauté pour les Nuls ». Maxime Morand. Des mots et des hommes. HRToday juin-juillet 2015.

Publié dans la célèbre collection jaune et noir, «La Drague pour les Nuls» de Florence Escaravage (sic) est aussi un excellent livre de leadership. L’auteure ne donne aucune recette. Sa thèse est la suivante: «Si vous cherchez le succès en amour, essayez de bien vous connaître, inventoriez vos limites et, surtout, ne tentez pas de les dissimuler». En clair, devenir attractif en étant soi-même rapporte plus que de se cacher derrière un échafaudage de stratagèmes, même finement élaboré. J’en ai tiré la litanique injonction suivante, déjà souvent utilisée ici: «Passez de toxique à tonique!»

Mais comment renforcer sa propre tonicité? Comment cultiver sa densité personnelle afin d’éviter de se laisser nécroser par des relations potentiellement délétères? Pour y répondre, je vous propose de rédiger ensemble le canevas d’un «La Beauté pour les Nuls»!

Dans l’introduction, nous traiterions du rapport entre le beau et le vrai, entre la bonté et l’être. «Le vrai éclate dans la splendeur du beau», écrit Philippe Sollers dans «L’Ecole du Mystère» (éd. Gallimard, 2015). Il a dû piquer cela à Spinoza. La beauté contemplée nous vérifie. J’ose ajouter qu’elle nous rectifie, qu’elle nous incline à la compassion et nous ouvre à qui nous sommes. Elle nous renforce pour nous conférer une pleine existence. Il faudrait donc inviter le lecteur à ramoner la cheminée de son âme des scories qui l’empêchent de respirer afin de laisser surgir, en lui-même, la beauté comme l’élévation de ses pensées et de ses émotions.

Au chapitre premier, je propose d’inviter le lecteur à se concentrer sur ses multiples rencontres avec le beau. Qu’il dresse la liste des lieux et des moments de beauté qui ont fait de lui un étranger à lui-même, dans une sorte de ravissement métaphysique.

Au chapitre deuxième, nous donnerions à lire de brefs récits de simples extases (des sorties de son quant à soi). Ces exemples devraient nourrir l’envie de se projeter hors de son enfermement, et de regarder plus loin, plus large, plus haut et plus profond. La réalité alentour prendrait alors sa dimension la plus gracieuse et la plus gratuite. La pesanteur volerait aux éclats.

Puis nous proposerions une école de l’émerveillement, une académie de l’étonnement. Ce troisième chapitre s’adresserait principalement aux personnes étrangères au regard ouvert. Nous proposerions des exercices réguliers, du type: «Dans le train, je lève mon nez de mon iPhone et je regarde le paysage me venir contre, avec ses saisons, ses laideurs explosées par des ciels énervés de gris et de bleu, ses lacs étales, vifs argent d’une promesse indicible, ses montagnes basculants leurs couleurs au détour. Il s’agira aussi d’exercer son étonnement envers les personnes, leurs yeux, leurs silhouettes cocasses et touchantes, leur babil futile en musique vitale. Paysages, visages, écoute, musique, caresse, toucher, goûter, festoyer, essayer les odeurs avec le parfum de l’amitié: des arrêts sur la beauté qui renforcent la robustesse de l’âme.

Le moment le plus rude du livre apparaîtra au chapitre cinquième. Nous proposerions une analyse de texte à l’aventurier lecteur. Ce poème de Boris Pasternak, (1890 – 1960), prix Nobel de littérature en 1958, auteur, entre autres, du Docteur Jivago, pourrait faire se précipiter le printemps dans notre vie:

«Aimer, parfois,

Aimer, parfois, c’est un fardeau,
Toi, tu es belle sans replis.
Déchiffrer ton charme équivaut
A trouver le mot de la vie.

Le printemps est plein de rumeurs
De vrai, de rêves, d’inédit.
Ces éléments, tu es des leurs,
Comme l’air, ton sens est gratuit.

S’éveiller, voir clair, secouer
Des mots en son cœur la poussière
Et vivre et ne plus s’encrasser:
Tout cela n’est pas une affaire».

(Seconde Naissance, 1932, traduit du russe)

Les chapitres suivants pourraient décliner la beauté et son expérience unique dans les différents arts. Je vous prête quelques clés pour les nombreuses portes d’entrée possibles.

La beauté est mystère: elle ne s’explique pas, elle se contemple en nous saisissant. La beauté est richesse: elle a un prix hors de prix que nous ne payons pas. Elle nous enrichit sans espèces. La beauté est simplicité: elle est donc «sans plis», elle ne complique pas inutilement, elle trame une soie sans froissures. La beauté est désignation: elle montre un motif, un chemin et un dessin qui nous transfigurent et nous métamorphosent. La beauté est une focale: elle nous conduit, en éveillant tous nos sens, vers le nombre d’or calculé dans la rencontre du monde, de l’autre et de soi-même.

Lecteur, ce livre attend l’écriture radieuse de ton émerveillement. Ce livre réclame ton propre leadership.

Étiquettes : , , ,

Répondre