De l’humour comme style de management. Focus PME été 2014. Maxime Morand

De l’humour comme style de management.

Imaginez qu’un(e) responsable, chef(fe) directeur (trice) ait un humour en forme de tuyau d’arrosage. Répandre de l’humour fait partie de leur style. Vous êtes le jardin, il ou elle est le jardinier (la jardinière).

Première possibilité : le jet d’arrosage fonctionne tout le temps, presque de manière automatique, avec une certaine douceur. On peut même imaginer un jet qui se balance doucement, oscillant dans une danse rythmée, calme. Le manager est toujours dans le deuxième degré, tout est « mystique, mi-raisin », il ou elle prend sans prendre, gueule sans gueuler, donne du feedback sans vraiment en donner. L’allusion, dire sans dire, sourire toujours et connecter en déconnant font partie de sa trousse à outils qui finit par détrousser vos arguments. Le sérieux n’est pas à la fête, c’est la fête qui est sérieusement conviée. Si c’est votre chef(fe), essayez de jouer au plus fin, ne vous prenez pas la tête, même si vous en avez envie, ne jouez pas le conflit frontal. Créez une atmosphère détendue pour dire ce que vous voulez vraiment lui dire. Si c’est vous, essayez de discuter avec vos collaborateurs en leur disant, plus souvent, que « c’est pour de vrai » !

Deuxième possibilité : le jet d’arrosage est ouvert dès que cela est sollicité. Jet probant, efficace, un peu large. Soucieux de fertilité. L’humour est en dialogue normal. La collaboration est au rendez-vous. Le feedback se déroule en temps réel. Le dialogue est habilement confrontant. La main sur le tuyau, le manager sait à temps, voire à contre temps, quand il peut ramener sa fraise sur une perspective qui va donner de la hauteur, de la largeur et de la profondeur aux sujets discutés, aux projets en cours. Il ou elle inscrit une vue panoramique : il met de l’air, dans l’ambiance potentiellement lourde, avec une histoire appropriée, une anecdote significative, une histoire inspirante. Il ou elle provoque avec pertinence ou impertinence, sans vouloir un conflit, juste pour aller à l’essentiel. Avec un style maîtrisé, malin, il ou elle arrive souvent à mettre les gens dans sa poche. Si c’est votre chef(fe), attention à ne pas vous laisser trop charmer. Il ou elle adore la provocation ? Faites de même tout en lui laissant la main, faites-lui savoir que vous avez lu dans son jeu. Si c’est vous, acceptez que la réciproque provoque en vous sourire et acceptation.

Troisième possibilité : le jet d’arrosage devient puissant, rotatif, fort et précis, concentré, exact. Vous nettoyez les zones susceptibles de polluer les plantations. La pression sur l’équipe est clairement donnée, les objectifs à réaliser et les résultats à obtenir deviennent incontournables. La routine bête et méchante, qui permet peu de marge de manœuvre, lamine un peu, beaucoup, la motivation et le plaisir de bosser. Un rire tonitruant, une séquence apéro-folie vont surgir pour libérer un peu d’espace ! La pression libère les muscles zygomatiques afin de gérer la nécessité de délivrer les rapports et les chiffres réclamés. L’intensité des histoires drôles, potentiellement salaces et débiles est au rendez-vous. Il faut décompresser. Les pulsions deviennent indispensables, l’humour surgit comme un trop plein de vie à saisir. Le rire et sa fête deviennent des éléments clés pour jouer la musique exigée. On pourrait appeler cela un humour de soupape, quelquefois un peu pétante ou pétaradante.
Si c’est votre chef(fe), laissez passer, n’entrez pas trop dans le jeu parce qu’il (elle) pourrait vous inclure ou vous exclure de son territoire. Il ou elle veut mettre les rieurs de son côté. Faites gaffe de ne pas être à côté. Parfois, hélas, il faut faire semblant. Si c’est vous, s’il vous plaît, pas trop souvent, et ou dans des moments ou des lieux propices.

Quatrième possibilité : le jet d’arrosage est implacable : un karcher est en action. L’arroseur cracheur s’emballe. Les dalles sont nettoyées, les impuretés sont éjectées. Il n’y a plus de marge de manœuvre possible, aller dans le mur étant hautement probable. La situation devient intenable. Evacuer est le maître mot ! L’humour s’exprime ainsi dans la violence du sarcasme et de la dérision, le « jusqu’au-boutisme » est prôné. Le jet d’eau risque d’être salé et bouillant. Les plantes, ainsi arrosées : pourraient-elles survivre ? A la limite, sommes-nous. Afin de supporter « L’insoutenable légèreté de l’être » faut-il fêter, en danse macabre : « La fête de l’insignifiance » (Milan Kundera) ? A ce stade, les managers sont a-priori , abrasifs, pour voir si l’on résiste. Ils ou elles veulent voir si on tient le coup. Déstabiliser est la façon qu’ils ou elles ont d’entrer en matière. Ils (elles) ne provoquent pas, mais se positionnent dans une logique de « « c’est ça ou rien » ou d’allégeance inconditionnelle. L’humour managérial se déplie, dans ce degré ultime, comme dans une approche chirurgicale professionnelle en jouant du cutter tout en ricanant avec un zeste de sourire acide. Si c’est votre chef(fe) : osez l’ammoniaque, voire la soude caustique de la vérité. Dites-lui cash ce que vous pensez. Si c’est vous, prenez 24 heures de repos, parlez-en à celui ou celle dont vous êtes le compagnon ou la compagne. Téléphonez à un(e )ami(e). Sachez que les westerns, même avec des scènes de duels, finissent toujours par des repas avec des spaghettis.

A la fin, quelque soit la pression dans le tuyau de nos journées, il faudrait grandir dans l’humour en prenant la montgolfière de la vue d’ensemble, la vue d’hélicoptère, en voyant que nous sommes toutes et tous des petites gens dans la course vers une petite vie. Nous vivons dans une petite ville, d’un petit pays sur une petite planète, dans un immense univers en expansion infinie. Pourquoi se prendre la tête ?

A tous les leaders qui se posent des questions, avec un large sourire, mes amis.

Maxime Morand
www.provoc-actions.com

Maxime Morand.

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